France : nouvel eldorado du whisky
France : nouvel eldorado du whisky

Avec près d’une centaine de distilleries en activité aujourd’hui, et plus d’un million de bouteilles vendues chaque année (contre tout juste 250 000, moins du quart, en 2010), le whisky français n’en finit pas de conquérir nos cœurs.

Voici donc quelques clés pour comprendre ce nouveau phénomène qui affiche une croissance insolente depuis quelques années !

Années 1980 : la naissance

Il aura fallu attendre les années 1980 avant qu’un duo d’aventuriers distillateurs ne décide de s’attaquer à la production de whisky sur le sol français. Sans grande surprise, c’est en Bretagne, terre celtique, que le whisky français trouve ses racines. C’est grâce à la distillerie de Warenghem, située à Lannion dans le superbe département des Côtes-d’Armor, que nous devons la véritable naissance du French Whisky en 1983 (grâce à une première sortie du nom de « WB »), distillé et vieilli en France ! Cocorico ! 

Depuis, Warenghem (en activité depuis l’année 1900 bien avant de se lancer dans la production de whisky) a bien évolué : passant d’une petite exploitation familiale au cadre bucolique sur la sublime côte de Grant Rose, à une distillerie prolifique qui exporte dans le monde entier, avec en fer de lance, ses single malts de la gamme Armorik. En 2018, la distillerie a d’ailleurs augmenté sa capacité de stockage et ouvert un tout nouveau centre d’accueil destinés aux visiteurs, à la hauteur de ce que l’on peut voir en Ecosse, en Irlande et dans d’autres grands pays producteurs de whisky. Une pierre de plus à l’édifice du whisky français et de sa reconnaissance à travers le monde.

Deux grandes régions historiques


Très vite, d’autres distilleries historiques prennent le train en route et se mettent elles aussi à diversifier leur production. Deux régions tirent particulièrement leur épingle du jeu : La Bretagne (vous l’aurez deviné…) et l’Alsace (avec des distilleries comme Rozelieures ou encore Lehmann). Elles finiront d’ailleurs même par décrocher une IGP (Indication Géographique Protégée) pour leurs whiskies en 2015. L’IGP vient évidemment avec un cahier des charges précis afin de pouvoir se targuer de produire du « whisky breton » ou du « whisky alsacien », et c’est là que commencent de nombreuses controverses… (Et oui, nous sommes bien en France, difficile de mettre tout le monde d’accord).

Vous en conter tous les tenants et aboutissants serait bien trop long, puisque certaines distilleries ont même catégoriquement refusé de faire partie de ces IGPs (à l’instar de la DRAM(A) Queen « Glann Ar Mor », devenue récemment la « Celtic Whisky Distillerie » depuis son rachat par la Maison Villevert).

Aujourd’hui, force est de constater que ces IGPs, bien qu’utiles sur bien des aspects (garantir la qualité du produit, protéger les distilleries et consommateurs) n’ont pas nécessairement eu de grands retentissements chez les consommateurs. Néanmoins, lors de leur mise en application en 2015, il s’agissait d’une véritable nécessité. La commission européenne prévoyait à cette période d’interdire toute mention géographique sur les packagings de produits ne possédant pas une IGP ou AOC spécifique. Il fallait donc protéger nos joyaux nationaux.

La France, un territoire propice à la production de whisky ?

Si la France s’est illustrée plutôt tardivement dans la production de whisky, elle reste un véritable eldorado pour les distilleries souhaitant se lancer dans l’aventure de l’or liquide !
Quelques arguments en vrac pour vous le prouver :

- La France est le premier producteur mondial d’orge brassicole, ouais rien que ça ! L’orge brassicole se trouve être la matière première principale pour la confection de whisky… Plutôt pratique.

- La France possède une grande – si ce n’est la plus grande – tradition de distillation, et un savoir-faire unique et ancestral de la production de spiritueux (cognac, armagnac, calvados, absinthe, kirsch et j’en passe…). L’Armagnac serait d’ailleurs l’une des plus anciennes boissons spiritueuses du monde, alors avec des siècles de tradition derrière nous, il n’y a pas de raison que le whisky nous échappe non ?

- Grâce à cette longue histoire, nous maîtrisons, sur le sol français, tous les métiers nécessaires à la création d’un whisky de A à Z : de la production de l’orge à la mise en bouteille en passant par le maltage, la fabrication des alambics ou encore la tonnellerie (coucou l’industrie du vin qui nous aide bien sur ce point !)

- Les Français adorent le whisky ! Et oui, nous sommes le premier pays consommateur de Scotch Whisky (whisky écossais) au monde, alors avec une telle opportunité en matière de marché, pas étonnant que de nombreuses distilleries se lancent dans l’aventure. 

La nouvelle vague


Une fois qu’on a bien compris tout ça, on ne s’étonne évidemment plus de l’avènement du whisky français ces dernières années, et de la recrudescence des nouveaux projets de distilleries, aussi divers que prometteurs : micro-distilleries urbaines, gigantesques fermes distilleries, projets plus confidentiels, rachats d’exploitations existantes par de grands acteurs… ça ne s’arrête pas et les nouvelles bouteilles de whisky français poussent comme des champignons sur les étagères de vos cavistes préférés !

Avec la tendance grandissante du « buvez moins mais mieux », des circuits courts et du « locavore », le segment du whisky français affiche une belle croissance et a clairement le vent en poupe. De quoi parfois s’y perdre un petit peu… Les grandes maisons historiques ne cessent d’innover avec des finitions originales et autres éditions limitées, les drapeaux tricolores se font de plus en plus nombreux au rayon whisky et on ne sait plus trop où donner de la tête parmi tous ces jus qui affichent fièrement leurs origines tricolores.

Qu’est-ce qu’on déguste ?


Voici un classement absolument subjectif et non-exhaustif des meilleurs whiskies français de 2021 que nous pouvons déjà vous conseiller de goûter :

Alfred Giraud - Harmonie
Domaine des Hautes Glaces – Moissons Single Malt
Ninkasi – Small Batch Gamay
Kornog – Coteaux du Layon 11 ans
Rozelieures – Exception Fût Unique Vosne Romanée
Twelve -  Basalte
Twelve – Aventurine
Armorik 10 ans
Hautefeuille – Single Malt Esquisse Tourbé
Alfred Giraud – Voyage 

Un style à la française ?

Au-delà des différentes IGPs (indication géographique protégée) existantes, qui comme vu précédemment, définissent certaines prérogatives de production, ne serait-ce pas plutôt toute la catégorie « whisky français » en elle-même qui cherche à définir un nouveau style dans le paysage mondial du whisky ?

Difficile encore de le définir néanmoins, tant les nouveaux entrants sur le secteur présentent une relative jeunesse. On voit néanmoins poindre certaines tendances, avec évidemment en tête cette relation intime entre vin et whisky.

Au pays du vin, rares sont les distilleries de whisky qui ne se sont pas laissées tenter par un vieillissement complet ou partiel (finition) en ex-fûts de vin, permettant de réunir les deux univers de la plus belle des façons, en ne faisant plus qu’un ! Mais outre les stratégies de vieillissement, la culture vitivinicole et son approche terroir fait de plus en plus de chemin dans la tête des producteurs de whisky qui s’en inspirent sans retenue.

Biodynamie et approche parcellaire sont désormais légion. On pense particulièrement à la distillerie lorraine de Rozelieures ou encore aux montagnards du Domaine des Hautes Glaces, mais nul doute que les années qui arrivent devraient encore faire émerger d’autres délices maltés mettant en avant ces techniques de production empruntées à nos vignobles.

Mais le whisky français ne s’est pas uniquement créé dans l’ombre du vin, et s’est déjà depuis longtemps sortis des carcans de son grand frère plutôt encombrant ! La France peut se targuer de produire une superbe variété de whiskies, de délicieux ryes (whiskies de seigle) aux malts tourbés en passant par des produits élaborés à partir de blé noir (Eddu) ou autres expérimentations (qui parfois n’ont même plus le droit à l’appellation « whisky » tant la créativité est poussée à son comble).

Nous pouvons nous enorgueillir de compter sur notre territoire, des distilleries exploratrices qui n’hésitent pas à casser les codes du produit, telles que Bows, installée dans le Sud-Ouest à Montauban (mais qui déménage très prochainement en région méditerranéenne afin de pousser encore plus loin son projet de ferme distillerie innovante).

Bref, finalement, ce qui aujourd’hui définit le mieux le style du whisky français, c’est peut-être bien qu’il n’en a pas ? C’est certainement aussi et surtout cette pluralité, cette diversité et cette volonté d’innovation tout en restant dans un certain respect du territoire ?

Quelques distilleries à visiter

La France n’est pas non plus à traîne en matière de spiritourisme, vous pouvez à présent visiter tout un tas de distilleries productrices de whisky, qui ouvrent les portes de leurs installations et vous livrent certains secrets de fabrication (pas tous, évidemment ).

Voici quelques distilleries dont nous vous conseillons de pousser les portes :

- DISTILLERIE WARENGHEM : On l’a dit précédemment, la distillerie bretonne située à Lannion sur la côte de Granit Rose, s’est dotée en 2018 d’un superbe centre d’accueil de visiteurs et propose ainsi une offre touristique particulièrement riche.

- DISTILLERIE ROZELIEURES : La visite baptisée « Origine » d’une durée de 45 minutes (comprenant la dégustation d’un whisky de la gamme Collection) est entièrement gratuite ! A-t-on vraiment besoin d’en dire plus pour vous convaincre d’aller y faire un tour ?

- DOMAINE DES HAUTES GLACES : située au cœur des Alpes françaises (entre les falaises du Vercors et les sommets des Ecrins), en plus d’un environnement unique et somptueux, la ferme distillerie biologique la plus ancienne du monde vous accueille ! Le domaine organise trois visites par jour (qui comprennent évidemment une dégustation de leurs délicieux produits) à un tarif de 15€.

- DISTILLERIE CASTAN : Située dans le petit village de Villeneuve-sur-Vère au cœur du Tarn, la distillerie Castan propose une visite d’une durée d’une heure pour à peine 6€ et ça vaut clairement le coup (surtout quand on connait la qualité des produits) !

- DISTILLERIE TWELVE : Située dans la sublime région de l’Aubrac, qui rappelle étrangement les paysages irlandais ou écossais, la distillerie propose des visites toute l’année, d’une durée d’environ 45 minutes. Vous pouvez également contacter la distillerie pour des tours personnalisés, un événement particulier ou même une visite privée.

- DOMAINE MAVELA : Oui, il existe également du whisky corse et vous le trouverez dans la commune d’Aléria. Tout comme chez les tarnais de Castan, la visite au prix de 6€ dure une heure et vous permettra de goûter à leur fameux whisky P&M !

- DISTILLERIE DE BERCLOUX : Désormais propriété de l’entreprise à l’origine de la fameuse gamme de whisky Bellevoye (Les Bienheureux), la distillerie charentaise (créée en 2002) a la particularité de posséder sa propre brasserie, ce qui est assez rare pour être précisé !

- MOON HARBOUR : Direction Bordeaux et son quartier dynamique des Bassins à Flot, pour la visite de cette distillerie plutôt originale (prix du tour : 15€, opérés du mardi au samedi) qui se situe dans un ancien bunker !

- DISTILLERIE HAUTEFEUILLE : On finit notre tour de France dans les Hauts-de-France, région qui s’illustre également dans la production de whisky français. Poussez les portes de la distillerie de Hautefeuille, où la visite (1 heure) suivie d’une dégustation ne vous coûtera pas plus de 7€. 
Vous l’aurez certainement compris, le whisky français poursuit sa montée en puissance à une vitesse fulgurante et il faudra très clairement compter sur lui dans les prochaines années pour trinquer en bleu-blanc-rouge ! CHEERS !

Une foultitude de jeunes distilleries dynamiques aux projets aussi ambitieux que variés composent aujourd’hui le paysage du whisky français, ce qui en fait certainement l’un des terrains d’innovation les plus passionnants du moment, à surveiller de très très près !